Entrepreneur, ton avenir est dans le design thinking

Quoi de mieux pour commencer cet article totalement inoffensif que de défoncer à la pelleteuse un commentaire Pinterest bien mièvre ?? (Ben oui mais en même temps j’y peux rien si des gros fragiles regardent mes épingles stories -_-)

Je vous laisse profiter de la logique implacable de cette puissante argumentation (qui, pour replacer le contexte, répondait à ma story Pinterest sobrement intitulée 5 raisons de ne pas faire appel à un graphiste pro – je sais, je cherche les problèmes) :

« super, les graphistes souffrent déjà de la précarité et du « mais graphiste c’est pas un vrai métier » donc autant en rajouter une couche, merci :) »

OK, je vais arrêter de persifler 2 minutes et faire comme si ce commentaire était une vraie ouverture à la discussion (et pas une tentative pseudo-sarcastique de faire pleurer dans les chaumières).

L’appel à l’aide à peine dissimulé derrière ce commentaire peut être synthétisé ainsi :

Comment fait-on pour s’épanouir professionnellement lorsque son domaine d’activité est en train de s’étouffer dans son propre vomi (c-à-d dans la concurrence trop nombreuse et le « manque de reconnaissance » – cherche pas, mes métaphores sont cheloues) ?

Non, tes concurrents ne sont pas méchants (et tes clients non plus)

Stop le pathos!

Pour être tout à fait honnête, je pense que c’est une question biaisée qui n’a pas de raison d’être.

Si beaucoup de graphistes ont aujourd’hui du mal à gagner leur croûte, ce n’est pas parce que le grand public n’est pas assez « sensibilisé » à la cause de ces malheureux en perdition (??).

Ni même parce que j’en « rajoute une couche » sur Pinterest. (C’est flatteur, mais à l’heure actuelle, je ne pense pas avoir un tel pouvoir)

L’intérêt d’un business, c’est d’apporter une réponse à un problème réel. Ce n’est pas de faire vivre son créateur aux crochets de personnes charitables.

Si la réponse est adaptée, et que le problème est suffisamment pressant pour justifier un investissement financier, elle trouvera preneur.

Quand bien même il y aurait des avocats du diable dans mon genre pour venir taper dans la fourmilière, ça ne change rien à ce principe fondamental.

Si un business se retrouve en PLS, c’est parce que sa réponse n’est plus appropriée, ou bien que le problème de base n’existe plus. Dans les deux cas, si on veut rester dans la course, pleurer sur son sort en blâmant la cruauté des autres ne servira à rien.

À chaque besoin sa solution

Pour dresser un parallèle (certes quelque peu discutable), c’est comme si on reprochait à l’application Yuka de fragiliser le business des sucreries en leur donnant de mauvaises notes.

Sauf que Haribo, Lutti et compagnie s’en fichent de ça. Ils n’ont jamais eu la prétention de nous garder en bonne santé. Leur seule fonction est d’apporter une solution (des bonbons) à un besoin spécifique (satisfaire une envie de sucrée). Dénoncer le diabète que leurs produits nous donnent ne changera rien.

Tant que le besoin de base existe et qu’il n’y a pas de solution plus séduisante, ils feront du chiffre. (Après, il y a d’autres facteurs qui entrent en ligne de compte, comme l’attachement que l’on porte à une marque spécifique, mais le principe de base reste valable.)

Le jour où des inquiétudes sanitaires particulières émergent, par exemple, au sujet de la toxicité des additifs, ils s’adaptent. Quand c’est possible, ils suppriment les ingrédients problématiques de leurs recettes. À l’arrivée, leur solution reste adaptée au besoin. Et tout le monde est content…

Le client est roi

L’équivalent pour nous autres graphistes de la problématique des additifs, ce serait la question du rapport bénéfices / prix. Nos tarifs sont prémiums, c’est un fait incontestable. De même que l’indifférence de nos clients quant au pourquoi du comment.

La vraie question, c’est : ce que nous avons à apporter justifie-t-il toujours nos prix ?

De notre propre point de vue, c’est évident. L’expertise est coûteuse, de même que le temps que nous passons sur les projets de nos clients.

Mais qu’en est-il de leur point de vue à eux, nos clients qui se voient offrir d’alléchantes solutions alternatives à des prix ridicules ?

Quelque soit son domaine d’activité, se plaindre de l’évolution des circonstances économiques est une perte de temps et d’énergie. Au bout du compte, ce sont toujours les besoins des consommateurs qui mènent la danse. Si l’utilité d’un business a besoin d’être enfoncée dans leur tête à coup de marteau, c’est qu’il est temps pour ce business de questionner sa raison d’être.

Trop de concurrence ? Pense « design thinking »

Mais assez parlé de « je » et de « nous ». À présent, parlons plutôt de toi, et de la difficulté que tu peux rencontrer pour te démarquer de tes concurrents.

Il existe une façon de penser dont tu as peut-être déjà entendu parler sans pour autant te sentir vraiment concerné. On dit que c’est ce qui a permis à Steve Jobs d’amener Apple au sommet du pommier, et je pense qu’elle est particulièrement appropriée pour traiter le problème qui nous intéresse. J’ai nommé : le design thinking.

Au fond, qu’est-ce qu’une table ?

Difficile de définir précisément ce qu’est le design thinking, dans la mesure où les personnes interrogées y vont systématiquement de leur propre interprétation. Voici comment moi je le conçois :

Le design thinking, c’est quand, au lieu de penser que tu vas créer une table, tu penses que tu vas concevoir un meuble autour duquel une famille ou des amis pourront se réunir pour partager de bons moments, tout en disposant d’une surface sur laquelle poser leurs objets.

Dans le premier cas, tu te poses des limites avant même d’avoir commencé. Tout le monde sait exactement ce qu’est une table, et qui est qualifié pour en fabriquer. Tu n’as qu’à partir de l’image préexistante, modifier 2-3 trucs, contacter les bonnes personnes pour lancer la production, et voilà, tu as une table 2.0.

C’est le mode de pensée que la plupart des gens adoptent par défaut. Le problème, c’est qu’il ne laisse pas vraiment de place à l’innovation ou à l’amélioration.

Dans le second cas, tu repars de zéro en prenant en compte les exigences des utilisateurs.

Après tout, une table, ce n’est jamais qu’un concept arbitraire. Quand on dit qu’on a besoin d’une table, ce qu’on dit réellement, c’est qu’on est confronté à des problèmes que l’objet « table » est, à notre connaissance, le plus à même de résoudre. (Ça va, je t’ai pas perdu en route ?)

En aucun cas ça veut dire que le concept de table tel que nous le connaissons est parfait.

Le design thinking nous permet de nous libérer des concepts préexistants pour envisager de toutes nouvelles possibilités.

Le design thinking, c’est ce qui permet de passer de la table au kotatsu.

L’avenir est dans le kotatsu (et dans le design thinking)

Tu penses peut-être que c’est une lubie d’inventeurs milliardaires, comme Steve Jobs, Mark Zuckerberg ou Bill Gates. Mais c’est on ne peut plus faux.

Il est (presque) fini le temps où un entrepreneur pouvait s’emparer d’une niche vacante et venir y proposer les mêmes choses que ses concurrents.

Aujourd’hui, et surtout à l’avenir, pour sortir du lot, il faudra faire preuve de toujours plus de créativité.

Concrètement, il faudra être capable de voir tous les défauts que présente le concept de « table », à commencer par ceux que l’on pensait avoir accepté « une bonne fois pour toutes », et de proposer des pistes d’amélioration concrètes.

Libère-toi des étiquettes

Personne ne fait du graphisme histoire de faire du graphisme. (Enfin si, on peut, mais ce graphisme-là sort du cadre de cet article)

En ce qui me concerne, avant de me coller l’étiquette mentale « graphiste », je me considère comme quelqu’un qui :

  • cherche des façons optimales de transmettre les messages d’une entreprise jusqu’à ses clients
  • aide les entrepreneurs à améliorer leur visibilité en leur donnant des moyens concrets pour sortir du lot
  • dialogue avec des entrepreneurs toujours plus nombreux dans leur secteur mais dont le budget de départ est rarement foufou

Voilà, en gros, comment j’envisage mon apport aux entreprises.

Aucun de ces trois points n’est fondamentalement incompatible avec ce que j’appelle couramment le « graphisme DIY » (contrairement à l’étiquette « graphiste » qui, elle, officialise une vision du métier qui le rejette). À vrai dire, je soupçonne que ce serait plutôt l’inverse.

Et pourtant, la simple idée de son existence révulse un grand nombre de graphistes.

La clé, c’est l’adaptation

Il faut bien comprendre que les temps ont changé.

Autrefois, quand une entreprise se lançait, c’était forcément une grosse machine. Et le seul moyen de faire de la pub, c’était d’hypothéquer ses organes pour se payer les médias « officiels » : la télé, la signalétique, la presse, et j’en passe.

Autant dire que quand il y avait autant de gros sous en jeu, déjà, il valait mieux mettre le paquet partout, histoire de limiter les risques.

Et puis, accessoirement, lorsque ton investissement de départ se chiffre en millions, il faut bien admettre que c’est plus facile de payer un logo à 800 € que lorsque tu commences avec un capital de 1000 €.

À l’heure actuelle, de plus en plus de gens se lancent dans l’entrepreneuriat (ce que je trouve fantastique).

Mais parmi ces gens, rares sont ceux qui peuvent se permettre d’avoir des goûts de luxe dès le démarrage. Surtout quand, à côté, on leur propose de communiquer gratuitement sur Facebook ou Instagram et qu’on leur offre des solutions à des prix ridicules comme Canva*.

Le design thinking m’a permis d’accepter cet état de fait. L’étape suivante a été de commencer à réfléchir à des solutions concrètes pour tirer profit des circonstances, plutôt que de m’énerver dans le vide.

Toi aussi, je t’encourage à recourir au design thinking pour réfléchir à l’avenir de ton entreprise. Pas parce que je me considère comme un exemple à suivre, ou que je veux que tu me lances des fleurs.

Je veux simplement te donner la permission et l’envie d’emmener ton entreprise là personne ne s’était encore aventuré.

Parce que ma conviction profonde est que demain appartiendra à ceux qui auront eu aujourd’hui le courage d’explorer de nouvelles idées.

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