Dans la catégorie des questions susceptibles de gâcher un repas de famille, je demande le « quicélplusfort : l’homme ou la femme ? ».

Je suis pas là pour lancer des débats de société, mais quand on tient un blog sur les couleurs, il y a un certain mythe que l’on se doit d’évoquer. Le mythe en question, c’est la supériorité de la vision féminine des couleurs. Cette idée se base sur des faits avérés, mais la conclusion à en tirer fait débat.

Il existe cependant au moins une certitude : pour l’être humain, le phénomène que l’on appelle « tétrachromatisme » a des airs de super-pouvoir… Et les femmes sont quasiment les seules à avoir une chance d’en profiter.

Quand les femmes voient rouge…

…les hommes voient orange (ou presque)

En 2012, le chercheur américain Israel Abramov a publié un article très intéressant (quoiqu’un peu galère à suivre) sur les couleurs (en anglais). Le sujet? Les résultats de son étude sur la divergence de perception visuelle entre hommes et femmes. La conclusion? Il existe bel et bien une perception genrée des couleurs.

En l’occurrence, les hommes auraient tendance à percevoir les couleurs plus froides qu’elles ne le sont. Mais surtout, les femmes seraient bien plus douées pour repérer les variations de teintes, notamment celles qui se trouvent au milieu du spectre (les verts et les jaunes).

Abramov avance l’hypothèse d’une lointaine conséquence de la répartition des rôles à la Préhistoire. En gros, la sélection naturelle aurait favorisé les femmes capables de repérer les baies comestibles à leur couleur pendant que les hommes partaient chasser le mammouth… J’imagine que les femmes qui s’avisaient de faire avaler des tartes aux baies d’if à leur mari ne vivaient pas assez longtemps pour faire des enfants.

Les hommes globalement avantagés ?

Cela dit, il est un peu tôt pour désigner le vainqueur de ce match des couleurs. Il faut savoir que notre vision dépend en grande partie de notre cortex visuel. Or, il se trouve que les hommes ont un indéniable avantage biologique sur ce plan-là. Ils possèdent en effet dans cette partie du cerveau environ 25% de neurones en plus que les femmes.

Du coup, selon le scientifique John Barbur, les femmes ne verraient en fait pas du tout mieux les couleurs. C’est simplement qu’elles seraient meilleures pour en parler, ou que les hommes s’en battraient juste les steaks (bouh la mauvaise foi).

Quand les faiblesses des hommes font les forces des femmes

Mais là encore, désigner un « gagnant » serait prématuré. Les yeux des femmes n’ont pas dit leur dernier mot !

On sait que les hommes sont nettement plus touchés par les défaillances visuelles impactant les couleurs. On estime par exemple que 8 à 9% d’entre eux sont daltoniens… contre moins de 1% des femmes. C’est énorme !

Et c’est même pas fini. Figurez-vous que derrière chaque daltonien se trouve a minima une super-héroïne qui s’ignore… Je ne plaisante même pas. Il existe un lien de cause à effet génétique avéré entre le daltonisme et une forme de vision décuplée que l’on appelle « tétrachromatisme ».

De quelle couleur est ta marque?


J’aime les tests de personnalité, tu aimes les tests de personnalité, tout le monde aime les tests de personnalité. Comme j’ai une obsession pour les longueurs d’onde visibles (aka les couleurs), et qu’il paraît que je m’y connais un peu en identité visuelle des entreprises, j’en ai fait… Devine quoi ? Un test de personnalité! C’est gratuit, ça prend que quelques minutes, et en plus tu pourras partager le résultat sur Facebook.

Le tétra-chromatisme, ce super-pouvoir féminin

Pour comprendre, revoyons nos bases

Spectre des couleurs

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La vision humaine de base est dite trichromatique. Les longueurs d’onde à l’origine des couleurs passent par 3 types de cellules oculaires (chacune spécialisée dans une partie du spectre visible), dites cônes : le rouge, le vert et le bleu.

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Les daltoniens « classiques » ont une vision dichromatique. En gros, dans ce cas de figure, l’un de leurs trois cônes est un mutant qui a pris la place de l’un de ceux qu’ils auraient dû avoir. En l’occurrence, le cône qui trinque est celui du vert.

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Pour comprendre le lien qui existe entre le dichromatisme (2 couleurs) et le rarissime tétrachromatisme humain (4 couleurs), et pourquoi le premier est typiquement masculin alors que le second est quasiment réservé aux femmes, il faut remonter aux « origines du mal ».

Des pochettes surprises pleines de cônes

Je préfère vous prévenir : je suis pas très calée en sciences, donc s’il y a un scientifique dans la salle, qu’il n’hésite pas à corriger ce que je vais dire. #payetacrédibilité

Le chromosome X contient les gênes responsables de la fabrication des cônes verts et rouges. Or, comme vous le savez probablement, une femme a 2 X, alors qu’un homme n’en n’a qu’un.

Du coup, si on imagine ce chromosome comme une pochette surprise contenant à la fois les cônes rouge, vert, et mutant, et qu’on ne peut en piocher que 2 par pochette, ça veut dire que l’homme est désavantagé. Il n’a le droit qu’à un tirage, donc 2 cônes : si l’un d’eux est le mauvais, il a perdu ! La femme, elle, a droit à une seconde chance : elle va pouvoir « piocher » 4 cônes, et « jeter » ceux dont elle ne veut pas, donc même si l’un d’eux est un « faux », ben, whatever.

Mais qui donc est responsable de la présence de ces monstres dans les cadeaux ? C’est maman !

Elle l’avait elle-même trouvé dans sa double pochette surprise, et n’avait pas eu le cœur de s’en débarrasser. Un peu comme ces petites pièces orphelines qui vous restent sur les bras après le montage d’un meuble et que vous gardez toute votre vie dans un tiroir, parce qu’on sait jamais, si ça trouve, ça servait vraiment à quelque chose. Sauf qu’à l’arrivée, vous n’y touchez jamais, et ce sont vos enfants qui se retrouvent avec lorsque vous mourez et qu’il faut vider votre appartement. (Désolée pour cette digression.)

Et si ce cône mutant était quand même bon à quelque chose ?

Maintenant, que se passerait-il pour « maman cadeau empoisonné » si ce fameux cône inutile était en fait bel et bien une pièce utile, permettant d’accéder à des fonctions supplémentaires ? Après tout, le nombre de couleurs que l’on perçoit est directement lié aux nombres de cônes qui fonctionnent bien, alors pourquoi un 4e cône ne permettrait-il pas de voir encore mieux ?

Hugo de Vries en avait l’intuition, et on a finalement réussi à dénicher ces super-héroïnes. Il faut dire qu’elles sont d’autant plus discrètes que la perception des couleurs s’améliore avec de l’entraînement.

A ce sujet, je vous recommande de jeter un œil (haha) sur cet article à propos d’une artiste tétrachromate qui a fait de sa particularité un véritable argument commercial. Ce qui, je vous avouerai, me laisse quelque peu dubitative… Si on ne peut pas percevoir les mêmes couleurs qu’elles, est-ce que ça fait une différence qu’elle les utilise ou non?? Enfin, c’est un tout autre débat.

Un dernier mot sur le tétra-chromatisme

L’obstacle principal à l’identification des tétrachromates reste qu’à moins de mener des tests pointus en laboratoire, on a finalement peu de chances de se rendre compte que quelque chose d’aussi subtile que la perception des couleurs diffère de la norme.

On rejoint ce que je vous disais dans mon article sur la théorie du spectre inversé. Il n’existe pas d’expériences sensorielles que l’on puisse extérioriser et partager (en tout cas, pas sans les dénaturer). Une des choses que j’adore avec les couleurs, c’est qu’on est en plein dans ce phénomène. La façon dont nous les percevons et vivons est quelque chose de très personnel, quasiment spirituel.

Face aux couleurs, nous sommes renvoyés à notre propre existence, nos souvenirs, nos expériences, nos goûts… Les couleurs sont des miroirs qui nous invitent à l’introspection tout en questionnant notre rapport aux archétypes collectifs (en l’occurrence, le sens que prend une couleur donnée au sein de notre propre culture).

La force des couleurs est avec toi

Graphisme et création de sites internet WordPress
Avant d’être blogueuse (et humoriste du dimanche), je suis graphiste -et aussi traductrice, mais c’est une autre histoire-, ce qui est une façon un tantinet éculée de dire que… Je peux créer absolument tous les supports de communication à base de couleurs (ou presque) dont tu rêves. Et surtout (c’est à ça qu’on reconnaît les pros), ceux dont tu as besoin sans en avoir rêvé.