📈 Ce que Microsoft Designer nous dit sur le futur de la crĂ©ation graphique

Avec Microsoft Designer, on se rapproche encore un peu plus du jour oĂč les graphistes seront forcĂ©s de se remettre en question.

Il ne manque pas grand-chose Ă  Canva pour atteindre son objectif: rendre la crĂ©ation graphique complĂštement accessible aux profanes. Mais le peu qui lui manque, il se pourrait qu’on le trouve chez un tout nouveau challenger: Microsoft Designer


Pour résumer les choses simplement:

Microsoft Designer, c’est Canva, l’intelligence artificielle en plus. đŸ€– En thĂ©orie, tu peux donc gĂ©nĂ©rer toutes sortes de visuels pour ta communication
 sans mettre les mains dans l’image.

Microsoft Designer: le Canva du futur?

Tu me diras, Canva essaie dĂ©jĂ  d’introduire l’IA dans sa boĂźte Ă  outils. 🧰

Et au vu de leur rythme de mise Ă  jour et leur politique d’innovation constante, ça m’Ă©tonnerait qu’ils n’approfondissent pas.

Cela dit, comme toutes les applications, Canva est construite autour d’une certaine vision de ce vers quoi elle devrait tendre. Vision qui s’exprime directement Ă  travers l’interface. Or, Canva (et donc, son interface) ont Ă©tĂ© avant tout conçues pour l’assemblage manuel. Le glisser-dĂ©poser sur une toile vierge. La base de Canva, ça reste la page blanche, et une bibliothĂšque d’Ă©lĂ©ments graphiques pour t’aider Ă  la remplir.

Si l’Ă©quipe en charge du dĂ©veloppement de Canva voulait donner une place centrale Ă  l’IA, il faudrait probablement repenser toute l’architecture interne de leur site-logiciel…

la place de l'IA dans l'interface de Canva
la place de l'IA dans l'interface de Canva

Des fonctionnalitĂ©s expĂ©rimentales dopĂ©es Ă  l’IA se cachent dans l’interface de Canva. Sauras-tu les retrouver?

D’un autre cĂŽtĂ©, quand tu vas sur le site de Microsoft Designer, tu tombes direct sur cette page:

page d'accueil de Microsoft Designer

Tu Ă©cris le visuel que tu veux, l’IA te traduit ça en image. Les intentions sont claires: Microsoft veut sa part du gĂąteau du graphisme do-it-yourself. 🍰 Et pour arriver Ă  ses fins, elle mise sur l’intelligence artificielle.

crĂ©ation d'Ă©pingles Pinterest sur le thĂšme des crĂȘpes avec Microsoft Designer
PrĂȘte Ă  conquĂ©rir Pinterest avec mes crĂȘpes!… Ou pas, parce que la qualitĂ© de ces templates personnalisĂ©s est
 disons
 variable. Cela dit, je tiens Ă  fĂ©liciter l’IA de Microsoft Designer. DĂ©jĂ  parce qu’elle gĂšre le français (ce qui n’est pas rien). Mais surtout, parce qu’elle se dĂ©brouille Ă©tonnement bien avec les instructions qu’on lui donne, mĂȘme lorsqu’elles sont relativement alambiquĂ©es.
page d'accueil de Microsoft Designer
Ouiiii, bon, ok, des fois, ça rate
 Mais rappelons que Microsoft Designer est un logiciel en phase de test. Son IA en est encore au stade de bĂ©bĂ©. MĂȘme moi, quand j’Ă©tais bĂ©bĂ©, je savais pas quelle Ă©tait la couleur de mes yeux. Ou Ă  quoi ressemblait un hibou. Un peu d’indulgence, que diable!

Un bref aperçu de l’Ă©diteur de Microsoft Designer

Certes, tu as effectivement une option pour commencer de zĂ©ro, comme au bon vieux temps. C’est ce tout, tout petit lien en bas de la page:

créer un nouveau design avec Microsoft Designer

Enfin quand mĂȘme, t’avoueras que c’est difficile de nier qu’il y a un parti pris Ă©vident
 D’autant que Microsoft Designer se dĂ©brouille mieux que Canva pour intĂ©grer l’IA Ă  son Ă©diteur visuel. On y retrouve toutes sortes de fonctionnalitĂ©s bien clinquantes ✹, comme ces idĂ©es personnalisĂ©es qui s’actualisent en temps rĂ©el selon ce que tu fais:

Microsoft Designer idées personnalisées

Ou, plus discrĂšte, cette fonctionnalitĂ© de gĂ©nĂ©ration automatique d’une palette de couleurs sur-mesure:

création automatique d'une palette de couleurs avec Microsoft Designer

Ou encore, ce ravissant bouton inspirez-moi (clairement pas du tout inspirĂ© de l’interface de Canva 🙃) qui apparaĂźt quand tu sĂ©lectionnes un Ă©lĂ©ment de design:

bouton "inspire me" de Microsoft Designer
bouton "créer un design" de Canva
M’enfin madame, cessez de calomnier, vous voyez bien que les boutons de Microsoft Designer ne sont pas de la mĂȘme couleur que ceux de Canva!

Concernant cette derniĂšre fonctionnalitĂ©, je ne suis pas complĂštement sĂ»re que ça soit de l’IA. Parce que de ce que j’en ai vu, ça ressemble quand mĂȘme vachement Ă  un gĂ©nĂ©rateur de combinaisons alĂ©atoires
🎰

Quoiqu’il en soit:

Tout est mis en Ɠuvre pour que l’utilisateur ait le moins d’intervention manuelle Ă  rĂ©aliser đŸ§€ (plutĂŽt cool)


Mais aussi, moins de jus de cerveau Ă  apporter. 🧠💩 Et ça, c’est pas forcĂ©ment cool.

Microsoft Designer: une Ă©tape nĂ©cessaire de l’Ă©volution du graphisme

Quelques éléments de contexte

Pour moi, Microsoft Designer est un teaser de l’avenir de la crĂ©ation graphique. On peut en effet voir sa venue au monde comme la suite logique d’un processus de dĂ©mocratisation du graphisme entamĂ© au siĂšcle dernier.

On a d’abord eu le MacPaint d’Apple (1984), rapidement suivi par son homologue Windows (le fameux Microsoft Paint du « on dirait que ça a Ă©tĂ© fait sur Paint!! đŸ˜±Â Â»). Tous deux ont montrĂ© au grand public comment, avec une simple souris, on pouvait gĂ©nĂ©rer des dessins sur son ordinateur. đŸ‘©â€đŸŽš OK, c’Ă©tait moche et pas du tout pratique. Mais ça a semĂ© l’idĂ©e que la crĂ©ation d’images sur ordinateur n’Ă©tait pas forcĂ©ment rĂ©servĂ©e Ă  une Ă©lite.

La dĂ©cennie d’aprĂšs a vu naĂźtre
 Moi, dĂ©jĂ . Mais surtout: le roi Photoshop, qui a popularisĂ© la retouche photo poussĂ©e. 🧐 Photoshop a grandement simplifiĂ© le processus crĂ©atif, mais on pouvait encore aller plus loin dans la simplification. Et c’est ce qu’a fait Canva*, crĂ©Ă© en 2012 pour pallier le problĂšme de la courbe d’apprentissage de Photoshop.

Les graphistes sont vĂ©nĂšres (et ça va pas s’arranger)

À ce stade, les graphistes ont commencĂ© Ă  sĂ©rieusement s’Ă©nerver. Puis flipper en voyant que « la mode Canva » traĂźnait un peu longueur.

Le graphisme devenait trop simple, ce qui posait deux problĂšmes. D’une part, la prolifĂ©ration de designs moches conçus par des amateurs
 Et d’autre part, la remise en question du mĂ©tier de graphiste.

AprĂšs tout, si crĂ©er un logo ou un flyer devient littĂ©ralement un jeu d’enfant:

Pourquoi payer rubis sur ongle 💅 un prestataire pour qu’il le fasse Ă  notre place? 😹

10 ans aprĂšs Canva, nous avons donc dĂ©sormais Microsoft Designer. À terme, il devrait permettre la crĂ©ation graphique Ă  la volĂ©e, dans l’Ă©cosystĂšme des logiciels de Microsoft. Mine de rien, ça sera un clou de plus plantĂ© dans le cercueil de l’approche « école d’art » du graphisme
⚰

Clairement, on va vers une autonomisation toujours plus grande de ce qui Ă©tait autrefois le public captif des graphistes.

La dimension artistique du graphisme tend Ă  s’effacer au profit de l’optimisation et d’une gestion des ressources rationnalisĂ©e, basĂ©e sur le traitement de corpus de donnĂ©es aux dimensions gargantuesques
 Ce qui, soit dit en passant, n’est pas forcĂ©ment une mauvaise chose.

Le graphisme est un art, certes, mais c’est avant tout un art appliquĂ© au marketing. Le rĂŽle du graphiste est de transmettre des informations par l’image et de faciliter les conversions, pas de faire mumuse avec les couleurs 🌈 (mĂȘme si l’un n’empĂȘche pas toujours l’autre 😛).

Dans un monde oĂč Microsoft Designer (et ses futurs successeurs / concurrents) existe, il y aura toujours une place pour les graphistes trĂšs spĂ©cialisĂ©s.

Mais on peut raisonnablement penser que ceux qui vivent de la vente de prestations un peu fourre-tout (en gros, celles pour lesquelles Canva et Microsoft Designer ont prĂ©vu des templates: logos, flyers et tout le toutim) vont morfler. đŸ’«

Microsoft Designer nous montre les failles de notre mode de communication avec les I.A.

illustration réalisée avec Midjourney

La part belle au texte

En me familiarisant avec Microsoft Designer, j’ai rĂ©alisĂ© une chose Ă  propos des IA gĂ©nĂ©ratives, qui poussent comme des champignons depuis le dĂ©but de l’annĂ©e. 🍄 Alors mĂȘme que la place des images n’a jamais Ă©tĂ© aussi grande, il semblerait que l’avenir de leur crĂ©ation passe en premier lieu par
 les mots. 💬

C’est un point commun entre nombre des IA qu’on trouve actuellement sur le marchĂ©:

On communique avec elles par des mots-clĂ©s ou des phrases, qu’elles soient Ă©crites ou parlĂ©es. C’est donc par le langage verbal que la crĂ©ation est initiĂ©e et dĂ©terminĂ©e
 Y compris lorsque l’output est visuel (entre autres). 👁‍🗹

Ce n’est pas un hasard: nos langues maternelles, aussi diverses soient-elles, sont toutes composĂ©es de mots qu’on aligne Ă  la suite des autres. Pour beaucoup de gens, il est donc plus facile d’Ă©crire que de dessiner. Sans doute encore plus nombreuses sont les personnes qui trouvent plus facile de parler que de tracer ou afficher des caractĂšres sur un support d’Ă©criture.

Le problĂšme, c’est qu’on risque de creuser un fossĂ© toujours plus grand entre nous et les images que notre culture produit.

Penser en mots ou penser en images, ce n’est pas la mĂȘme chose.

Une phrase se dĂ©ploie dans le temps (d’abord le sujet, puis le verbe, etc), alors qu’une image est une unitĂ© qui apparaĂźt entiĂšre dans notre champ de vision. On ne perçoit Ă©videmment pas toutes ses informations en mĂȘme temps, ni avec la mĂȘme clartĂ©. Cependant, son « dĂ©roulement » n’est pas aussi fortement contraint que la phrase, prisonniĂšre de sa linĂ©aritĂ©.

Le problĂšme avec la gĂ©nĂ©ration d’images par le texte

CrĂ©er une bonne image implique une certaine maĂźtrise de l’espace, une dimension qui est absente du langage verbal. Or, Ă  ne plus concevoir l’image qu’Ă  travers une description linĂ©aire, on pourrait finir par l’aplatir sous le rouleau compresseur du Verbe. 🚍

En somme, c’est un peu comme si on Ă©crivait un texte dans une langue, et qu’on demandait Ă  quelqu’un de le traduire dans une autre. Le mĂ©rite crĂ©atif de l’auteur original est bien rĂ©el, mais s’il ne comprend pas la langue d’arrivĂ©e, il ne peut pas juger le travail du traducteur. Et donc, il renonce Ă  son droit au jugement de valeur sur le produit final, tel qu’il sera reçu par une partie de l’humanitĂ©.

Je sais que j’ai l’air de chercher la petite bĂȘte Ă  quatorze heures, mais c’est un vrai problĂšme dont les consĂ©quences pourraient devenir trĂšs concrĂštes, trĂšs rapidement.

Parce qu’en vĂ©ritĂ©, les IA de Microsoft Designer, Canva, Midjourney, et n’importe quel autre outil de gĂ©nĂ©ration d’images, ne sont ni plus ni moins que des traducteurs Ă  qui on demande de convertir du texte dans la langue image.

Et que ces traducteurs, contrairement Ă  des humains, sont incapables de porter un regard critique sur ce qu’elles produisent. Or, qu’on le veuille ou non, ces traducteurs sont en train de prendre une place considĂ©rable dans la crĂ©ation du contenu que nous consommons. Mais si nous ne sommes pas plus capables qu’eux de porter un Ɠil avisĂ© dessus, et que les spĂ©cialistes de l’image sont virĂ©s de leurs postes
 Qui restera-t-il pour occuper la place de l’arbitre? đŸ€”

Et aprĂšs?

ApprĂ©cions les facilitĂ©s qui s’offrent Ă  nous, mais ne perdons pas pour autant notre intelligence de l’image. đŸ€“ Que l’avenir de la crĂ©ation graphique soit en train de se dessiner en partie entre les mains des non-professionnels est une bonne chose Ă  plus d’un titre.

Mais ce pouvoir s’accompagne d’une responsabilitĂ© qui n’est pas nĂ©gociable:

La responsabilitĂ© d’avoir un Ɠil averti, et de comprendre les traductions qui nous sont proposĂ©es par l’IA.

Au plus ça va, au moins on aura besoin d’exĂ©cutants techniques. Mais en contrepartie, on n’a jamais eu autant besoin des connaissances des graphistes. đŸ‘©â€đŸ«

Peu importe le nombre de fonctionnalitĂ©s que Canva ou Microsoft Designer mettront Ă  notre disposition, il manquera toujours une fonction d’arbitrage avisĂ©. Un Ɠil capable d’Ă©valuer (et dans une certaine mesure: exploiter) le travail de l’IA.

Ça pourrait ĂȘtre, Ă  l’avenir, le rĂŽle des graphistes d’aujourd’hui. Quelque chose comme superviseur d’IA gĂ©nĂ©ratives (intitulĂ© du poste non contractuel). đŸŠŸ

Ça pourrait aussi ĂȘtre celui de l’ancien public captif des graphistes, Ă  commencer par les entrepreneurs indĂ©pendants.

Si tu veux t’y prĂ©parer, je peux t’y aider (tout en douceur et en humour) avec mon webzine:

captain midjourney
captain chatgpt

J’ai crĂ©Ă© ces mascottes pour rendre hommage Ă  mes deux chatbots prĂ©fĂ©rĂ©s, et promouvoir la crĂ©ation de contenu original assistĂ©e par IA. Si toi aussi, tu es partisan d’une utilisation raisonnĂ©e et crĂ©ative de l’IA, n’hĂ©site pas Ă  placer ces petits chats dans ton propre contenu pour faire savoir d’oĂč tu tires ton gĂ©nie :) (lien Captain Midjourney | lien Captain ChatGPT)

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  • Alors ce que j’aime avec toi, c’est que tu me rendrais « presque » les IA sympathiques (surtout avec tes « chat-bots », haha!). Nan, j’adore ta façon d’expliquer les choses, effectivement, si on prend ça comme un outil « gain de temps » et pas « le truc fait tout Ă  ma place », ça peut effectivement ĂȘtre assez cool…Affaire Ă  suivre, donc ^_^

    • Ben oui, c’est ça le truc: mĂȘme si on introduit les IA dans le processus crĂ©atif, il faudra toujours des professionnels humains pour les guider et Ă©valuer leur travail… A moins peut-ĂȘtre que les IA ne finissent par devenir complĂštement autonomes, mais dans ce cas-lĂ , on pourrait probablement plus leur demander de bosser docilement pour nous, donc retour Ă  la case dĂ©part ^^ merci pour ton retour en tout cas, c’est toujours un plaisir de pouvoir contribuer Ă  alimenter ta rĂ©flexion 😘

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